Prix du terrain non constructible : combien vaut votre parcelle et comment l’estimer ?
Sommaire Monoboulesque
- IEn bref
- IICombien vaut un terrain non constructible : repères de prix à connaître
- IIIEstimer votre parcelle pas à pas : une méthode simple et défendable
- IVExemple chiffré : une parcelle de 6 500 m² (trois scénarios)
- VReclassement via le PLU : ce que vous pouvez tenter, et ce que cela coûte en temps
- VIFrais de notaire, fiscalité, financement : ce que vous devez intégrer au prix
- VIINégocier sans se tromper : les arguments qui fonctionnent des deux côtés
Un terrain non constructible peut valoir de quelques centimes à plusieurs euros le m², mais l’écart est tel qu’il faut une méthode simple pour ne pas se tromper. Dans la pratique, vous gagnerez du temps en partant de ventes réelles (DVF), puis en ajustant le prix avec des décotes et surcotes liées à l’accès, aux risques et aux usages possibles. Je vous propose ici des fourchettes chiffrées et une façon concrète d’estimer votre parcelle avant d’acheter ou de vendre.
En bref
- Fourchette observée : environ 0,30 € à 11 €/m², avec des cas très spécifiques pouvant dépasser 200 €/m².
- Repère agricole (2023) : 5 000 à 10 000 €/ha, soit 0,50 à 1 €/m² (1 ha = 10 000 m²).
- Ordre de grandeur : un non constructible peut être environ 20 fois moins cher qu’un constructible dans la même zone.
- Méthode efficace : DVF local + ajustements (accès, viabilisation, servitudes, PPR) = une fourchette défendable en négociation.
Combien vaut un terrain non constructible : repères de prix à connaître
La première question que l’on me pose est toujours la même : « À combien se vend un terrain non constructible au m² ? ». La réponse utile, c’est une fourchette et des repères de conversion, pour pouvoir comparer des annonces exprimées tantôt au m², tantôt à l’hectare.
Les prix observés au m² vont typiquement de 0,30 € à 11 €/m² (on trouve aussi 0,50 € à 10 €/m² selon les sources). Il existe aussi des cas extrêmes au-delà de 200 €/m², mais ils relèvent de situations très particulières. Pour ne pas mélanger les échelles, retenez ce réflexe : 1 hectare = 10 000 m². Donc 5 000 €/ha revient à 0,50 €/m².
En terrain agricole, un repère clair est la moyenne nationale 2023 : 5 000 à 10 000 €/ha, soit 0,50 à 1 €/m². Dans certains secteurs, des niveaux plus élevés existent, par exemple un repère cité sur le littoral méditerranéen autour de 17 000 €/ha, soit environ 1,70 €/m². À l’inverse, certains secteurs ont été mentionnés en dessous de 3 000 €/ha.
Dernier point qui change tout pour la stratégie d’achat ou de vente : dans une même zone, un terrain non constructible peut être environ 20 fois moins cher qu’un terrain constructible. C’est tentant, mais ce différentiel vient aussi des contraintes qui pèsent sur l’usage et la revente.
Estimer votre parcelle pas à pas : une méthode simple et défendable
Pour éviter l’estimation « au doigt mouillé », je vous conseille une approche en trois temps : collecter les informations, trouver des comparables solides, puis ajuster avec des coefficients. C’est la méthode la plus lisible pour vous, mais aussi pour l’acheteur, le vendeur… et le notaire si vous devez justifier votre prix.
Étape 1 : partir des données vérifiables (surface, urbanisme, contraintes)
Commencez par la base : la surface réelle en m² et le statut d’urbanisme. Le classement (constructible ou non) dépend du PLU/POS, et un certificat d’urbanisme permet de confirmer les règles applicables et les contraintes.
Ensuite, listez les éléments qui pèsent directement sur le prix : l’accès (route, chemin, absence d’accès), la viabilisation (eau, électricité, assainissement), les servitudes, les zones à risques via un PPR, ou encore des protections et contraintes comme Natura 2000. Pensez aussi aux droits de préemption (commune, SAFER) : ce n’est pas un détail, cela peut peser sur la fluidité de la vente.
En pratique, je vous recommande de demander au minimum : extrait cadastral, plan cadastral, certificat d’urbanisme, plan de zonage du PLU/POS, et bornage s’il existe déjà.
Étape 2 : trouver des comparables (DVF + annonces) et les convertir
Une estimation crédible repose sur des ventes réelles. La source la plus utile est le fichier DVF (Demande de Valeur Foncière) issu de la DGFiP. L’idée est de filtrer par commune ou secteur proche, et de sélectionner des terrains comparables en nature et en contraintes, en privilégiant des ventes de moins de 3 ans.
À côté, les annonces aident à comprendre l’« ambiance de marché », mais gardez une règle simple : une annonce est un prix affiché, DVF est un prix réellement signé. Dans tous les cas, convertissez tout en €/m² ou €/ha pour comparer.
Quelques exemples de prix observés au m² donnent une idée de l’amplitude : Cerny (91590) 8 €/m², La Ferté-Gaucher (77320) 5 €/m², Coulommiers (77120) 11 €/m², Rebais (77510) 3 €/m², Le Mérévillois (91660) 10 €/m². Ce ne sont pas des références universelles, mais de bons rappels : à quelques dizaines de kilomètres, la valeur peut changer fortement.
Étape 3 : ajuster avec des coefficients (la partie qui fait gagner ou perdre de l’argent)
Deux parcelles affichées au même prix « brut » ne valent pas la même chose si l’une est accessible et l’autre enclavée, si l’une est en zone inondable et l’autre non, ou si l’usage de loisirs est possible. Pour objectiver ces écarts, vous pouvez appliquer des coefficients successifs, afin d’obtenir une fourchette basse et une fourchette haute.
| Critère | Impact indicatif | Ce que cela signifie pour votre prix |
|---|---|---|
| Absence d’accès routier | -30 % à -70 % | Décote forte, revente plus compliquée |
| Non viabilisé (eau, élec, assainissement) | -20 % à -50 % | Décote liée aux raccordements et à la faisabilité |
| Servitude lourde | -10 % à -40 % | Usage limité, risque juridique et technique |
| PPR inondation | -30 % à -90 % | Décote majeure selon la gravité |
| Proximité du village et des équipements | +10 % à +100 % | Surcote possible, notamment si potentiel futur |
| Usage valorisé (loisir, étang, bois) | +5 % à +50 % | Surcote si l’usage est réellement exploitable |
Mon conseil de terrain : appliquez les coefficients successivement, pas en les additionnant. Vous obtenez une estimation plus réaliste, et surtout plus facile à expliquer à l’autre partie.
« Sur les terrains non constructibles, la différence entre un bon et un mauvais prix vient rarement de la surface. Elle vient presque toujours de l’accès, des risques et de ce que vous avez le droit de faire, preuves à l’appui. »
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Exemple chiffré : une parcelle de 6 500 m² (trois scénarios)
Prenons une parcelle de 6 500 m². Ce format est intéressant, car il met tout de suite en évidence l’écart entre une approche « moyenne » et une approche « marché réel ».
- Scénario agricole moyen (0,50 à 1,00 €/m²) : 6 500 m² valent 3 250 € à 6 500 €.
- Scénario fourchette observée nationale (0,30 à 11 €/m²) : 6 500 m² valent 1 950 € à 71 500 €. C’est volontairement large, et cela montre pourquoi il faut des comparables locaux.
- Scénario littoral repère (1,70 €/m²) : 6 500 m² valent environ 11 050 €.
Ajoutons maintenant des contraintes, car c’est là que se joue la négociation. Exemple : absence de viabilisation (-40 %) et accès difficile (-30 %). En application successive, la baisse combinée est d’environ -58 %. Si vous partez d’un prix médian de 6 500 €, vous arrivez à environ 2 730 €. Ce type de calcul, même simple, change la discussion : on ne débat plus « au ressenti », on débat sur des hypothèses.
Reclassement via le PLU : ce que vous pouvez tenter, et ce que cela coûte en temps
Beaucoup d’acheteurs se demandent : « Est-ce que ce terrain peut devenir constructible ? ». La réponse dépend d’une seule chose : le PLU/POS et la capacité de la commune (ou de l’intercommunalité) à le faire évoluer. La démarche passe généralement par la mairie et l’EPCI, avec instruction des aspects réglementaires.
Le déroulé le plus courant est le suivant : vérification du zonage et demande d’un certificat d’urbanisme informatif, échange avec le service urbanisme, puis dossier de demande de modification du PLU (avec, si nécessaire, des études comme hydrologie, acoustique, environnement). Le calendrier est variable : on parle souvent de plusieurs mois à plusieurs années, avec un horizon moyen indiqué de 12 à 36 mois pour une modification locale simple.
Côté budget, il n’existe pas de « tarif fixe » administratif. En revanche, il faut anticiper des frais d’études et d’accompagnement (géomètre, urbanisme) : le plan de travail évoque quelques milliers d’euros selon la complexité.
Enfin, même quand un potentiel existe, gardez une approche froide : une requalification peut générer une plus-value indicative de 30 % dans l’exemple donné, mais les coûts et le risque d’échec peuvent absorber tout le gain. Cela se chiffre avant de signer, pas après.
Frais de notaire, fiscalité, financement : ce que vous devez intégrer au prix
Un terrain non constructible se traite, côté frais, comme un bien ancien. Les frais de notaire sont en général autour de 7 % à 8 % du prix de vente, droits de mutation inclus. La composition typique évoquée est d’environ 5,80 % de droits de mutation, autour de 1 % de frais et émoluments, et des débours de l’ordre de 150 à 200 €.
Exemples utiles pour vous projeter : pour 10 000 € d’achat, comptez environ 700 à 800 € de frais. Pour 15 000 €, autour de 1 100 €. Pour 50 000 €, environ 3 500 € (7 %) à 4 000 € (8 %).
Sur la plus-value immobilière, la règle rappelée est une imposition sauf exonérations, avec une exonération possible après 22 ans pour l’impôt sur la plus-value immobilière. Sur ces sujets, je vous conseille de faire valider votre cas précis par votre notaire, notamment si vous anticipez une requalification ou une vente rapide.
Pour le financement, un point pratique revient souvent : l’idée qu’un prêt immobilier serait plutôt réservé aux acquisitions au-delà de 50 000 € (à confirmer avec chaque banque). En dessous, on bascule souvent vers un prêt personnel, un rachat de crédits ou un paiement comptant, ce qui réduit mécaniquement le nombre d’acheteurs potentiels et peut peser sur le prix négocié.
Négocier sans se tromper : les arguments qui fonctionnent des deux côtés
La meilleure négociation, c’est celle qui reste factuelle. L’acheteur a intérêt à arriver avec des comparables DVF et des ajustements justifiés. Le vendeur, lui, peut défendre son prix en sécurisant le dossier et en réduisant l’incertitude.
- Côté acheteur : appuyez-vous sur DVF, chiffrez les décotes (accès, viabilisation, PPR), et rappelez le délai et l’incertitude d’un reclassement. Si votre financement est limité sous 50 000 €, expliquez-le comme une contrainte de marché.
- Côté vendeur : mettez en avant les atouts démontrables (bon accès, absence de servitudes, proximité), et fournissez des pièces qui rassurent comme un certificat d’urbanisme ou un bornage existant si vous l’avez.
Et si vous cherchez un montage plus protecteur, certaines ventes intègrent des mécanismes comme une condition suspensive liée à la non-préemption, ou une clause de reversement en cas de reclassement futur. Ce sont des sujets à cadrer au notaire, noir sur blanc, pour éviter les mauvaises surprises.
Le Paris de l’Immobilier vous accompagne si vous voulez transformer ces repères en fourchette chiffrée adaptée à votre parcelle : surface, comparables DVF, ajustements, puis stratégie de négociation. Avec les bons documents et deux ou trois hypothèses bien posées, vous passez d’un prix « entendu » à un prix défendable.


